La réception française de John Stuart Mill

 

Vincent Guillin

Université du Québec à Montréal

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2013-2014

Hormis en ce qui concerne ses rapports avec A. Comte et A. de Tocqueville, il n'existe aujourd'hui aucune étude s'intéressant aux modalités de réception française de l'œuvre et des idées de John Stuart Mill. Or, la plupart des ouvrages de Mill ont été assez rapidement traduits en langue française et sa pensée a joui dans certains milieux d'une popularité certaine : ce fut le cas parmi les libéraux français, notamment C. Dupont-White, chez certaines féministes, chez les fondateurs des sciences humaines (comme par exemple le psychologue T. Ribot) et en particulier chez les économistes, sans oublier l'intérêt philosophique et métaphysique qu'a pu lui porter une figure aussi capitale que celle d'Hippolyte Taine. Ce qui mérite d'être questionné, c'est la disparition progressive de la pensée de Mill du paysage intellectuel français à partir du tournant du siècle.

Ce que j'aimerais montrer, c'est que cette disparition résulte d'une convergence fortement critique à l'égard de cette pensée, qui provient de champs très divers : l'opposition à l'utilitarisme et au conséquentialisme  de Mill manifestée à la fois par une tradition de philosophie morale française foncièrement kantienne et par des penseurs plus hétérodoxes; la réfutation de l'empirisme et de l'inductivisme millien chez des philosophes des sciences tels que L. Brunschvicg ou E. Meyerson; la critique, développée notamment par Durkheim, des présupposés méthodologiques propres à la conception millienne des sciences morales; finalement, la mise en cause éthique de l'intellectualisme millien chez un penseur comme Barrès (notamment dans son Journal).