Habiliter les intervenants en protection de la jeunesse à intégrer des pratiques exemplaires dans leur travail auprès de parents ayant un trouble de personnalité limite

 

Lyne Desrosiers

Université du Québec à Trois-Rivières [UQTR]

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

L'an dernier au Québec, les intervenants sociaux des Centres jeunesse (CJ) sont intervenus auprès de 32 000 enfants et adolescents dont le développement était compromis en raison de négligence, de maltraitance ou de trouble de comportement. La Loi québécoise sur la protection de la jeunesse favorise la mobilisation rapide des parents afin qu'ils participent activement à la résolution de leurs difficultés familiales et rectifient la situation de compromission. Toutefois, accompagner des parents soumis à l'obligation légale de modifier leurs pratiques parentales inscrit d'emblée les intervenants sociaux dans une position paradoxale vis-à-vis ces parents. Ils doivent à la fois assumer la responsabilité de l'application de mesures ordonnées par un tribunal et développer une relation d'aide positive avec ces parents alors que ceux-ci n'ont pas sollicité de services. Cette tâche est d'autant plus compliquée que 30% des mères d'enfants pris en protection de la jeunesse sont atteintes d'un trouble de la personnalité limite (TPL). Les caractéristiques de ce trouble (relations interpersonnelles chaotiques, hypersensibilité au rejet, méfiance, difficultés de régulation émotionnelle et comportements impulsifs) affectent non seulement la sensibilité des parents aux besoins de leur enfant, mais interfèrent également avec leur capacité à s'engager dans une relation d'aide. Mobiliser ces parents en contexte de contrainte requiert donc des interventions prenant appui sur des compétences et des attitudes spécifiques. Or, la majorité des intervenants estime ne pas être habilitée à dispenser des services à cette clientèle et leurs interventions ne s'appuient pas sur les meilleures pratiques en matière de TPL.

Étant donné la prévalence élevée du TPL chez les parents suivis en CJ, et en raison des défis que pose leur accompagnement, l'habilitation des intervenants sociaux à utiliser des technologies d'intervention s'appuyant sur des pratiques basées sur des données probantes apparait prioritaire.

Cette étude a pour objectifs d'évaluer une solution d'apprentissage novatrice pour les intervenants sociaux en protection de la jeunesse. Elle mesurera les effets d'une formation expérientielle visant le développement de savoir-être et savoir-faire 1) sur les habiletés des intervenants sociaux à intervenir auprès des parents atteints d'un TPL et 2) sur l'engagement et la satisfaction des parents en regard des services et de leur relation avec ces intervenants.

Méthode : Cette étude utilisera un devis mixte simultané (devis avant-après avec groupe témoin et étude phénoménologique). Les analyses qualitatives permettront d'évaluer les effets plus difficilement quantifiables de la formation, et la triangulation des analyses qualitatives et quantitatives apportera une interprétation plus approfondie des résultats. Volet quantitatif : Les intervenants sociaux recevant la formation seront comparés à un groupe témoin à T0 (pré-formation), T1 (post-formation) et T2 (3 mois après la formation) sur différentes variables mesurant leur habileté à intervenir. Les parents suivis par les intervenants formés seront comparés aux parents suivis par le groupe témoin sur les variables d'engagement et de satisfaction par rapport aux services à T0, et T2. Volet qualitatif: Ces mêmes variables seront explorées lors de groupes de discussion avec les intervenants sociaux et d'entrevues individuelles avec les parents avant et à la fin de la formation.