Généalogie du concept d' « improvement » : étude sociohistorique du rapport technico-économique à la nature, de John Lockes à Monsanto

 

Jean-François Filion

Université du Québec à Montréal

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2012-2013

Ce projet de recherche propose une analyse généalogique de la notion d'« improvement » – intraduisible, car son étymologie renferme une connotation économique, «to turn in profit » –, qui sert de légitimation à la marchandisation de la nature. Notre hypothèse consiste à avancer que cette forme symbolique reproduite en Occident depuis les Temps modernes sous-tendrait la crise écologique, notamment à travers les discours sur l'inéluctabilité de l'industrialisation de l'agriculture. Ainsi, la tendance lourde à la privatisation du vivant que l'on retrouve aujourd'hui avec les brevets de semences transgéniques obéirait à la même logique technico-économique qui a engendré le mouvement des « enclosures » dans les campagnes anglaises du XVIe au XVIIIe siècle.

Bien que le rôle central de l'idéologie de l'« improvement » ait déjà été étudié en ce qui a trait à l'histoire du capitalisme et de l'impérialisme britannique, le présent projet de recherche a pour but de démontrer que cette vieille idéologie du changement, de l'adaptation et de la mise à profit des pratiques agricoles continuerait à revêtir une efficacité inégalée. Un de ses puissants ressorts est de référer à la neutralité axiologique propre à la démarche scientifique tout en imposant des politiques agricoles problématiques sur le plan socio-économique et environnemental. Pour bien cerner l'«improvement », notre étude sociologique construira – à la manière de Weber – l'idéaltype de la logique technico-économique, qui prédomine dans les sociétés contemporaines, en en concevant l'arrière-plan ontothéologique et les implications historiques.