Expliquer le phénomène d'attrition dans le programme gouvernemental québécois de soutien à la parentalité (programme SIPPE)

 

Thomas Saias

Université du Québec à Montréal [UQAM]

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

Les interventions préventives à domicile sont un moyen de compenser les inégalités sociales dans le développement chez les jeunes enfants. Ces interventions reposent sur un modèle théorique stipulant que la régularité de visites menées par des professionnels et la relation de confiance avec les familles permettent d'augmenter leur santé et de réduire les écarts au sein d'une population. S'il est aisé pour les pouvoirs publics d'entrer en contact avec des familles, les y maintenir est problématique. La recherche a montré que le taux d'attrition  dépassait régulièrement 50%. C'est le cas dans les services québécois (intervention « SIPPE ») dès la première année de service. Très peu d'études se sont intéressées de manière prospective aux mécanismes de l'attrition et la plupart ciblent les intervenants et visent à décrire les profils des parents « perdus de vue ». En s'appuyant sur l'expérience des bénéficiaires, l'objectif de cette recherche est d'expliquer les processus de l'attrition dans un service préventif destiné aux parents en situation de vulnérabilité au Québec. L'attrition serait un phénomène générateur d'inégalités car il est associé à davantage d'exposition aux risques psychosociaux et à une moindre couverture par les services médico-sociaux. Il est donc essentiel de comprendre les moyens de l'éviter.

C'est la perspective adoptée dans notre recherche qui propose de développer une approche explicative (« quelles raisons, quelles dynamiques sont associées à l'attrition ? »). Cette recherche visera à répondre à la question suivante : « Quels sont les processus expliquant l'attrition dans le programme de visites à domicile SIPPE, au Québec ? ». Vingt-cinq familles ayant participé à l'intervention SIPPE avant de la quitter dans les 18 premiers mois de vie de leur enfant constitueront la population à l'étude. Six critères d'inclusion seront retenus : femmes 1) vivant sous le seuil de faible revenu ou sans diplôme d'études secondaires ou professionnelles (critères SIPPE); (2) primipares; (3) parlant français; (4) ayant quitté le service SIPPE depuis moins d'un an; (5) ayant quitté le service alors qu'elles rencontraient des difficultés auxquelles les intervenants auraient pu répondre (il s'agit d'exclure les familles ayant quitté les SIPPE car elles ne rencontraient plus de problèmes); (6) volontaires. Le recrutement sera réalisé par le biais des structures dans lesquelles leur intervenant SIPPE travaille, mais les familles seront préalablement contactées par un autre intervenant. Si elles acceptent, elles participeront à un entretien à domicile avec deux assistants de recherche.

Cet entretien portera sur leur expérience au sein des SIPPE et les raisons ayant conduit à quitter l'intervention. Le modèle d'alliance thérapeutique de Bordin servira de base théorique à la structure de l'entrevue et des analyses. Le modèle stipule que l'alliance est dépendante des buts fixés par l'intervenant, des tâches pour les atteindre et de la qualité de la relation intervenant-client. La démarche qualitative sera donc mixte : inductive (narrative) et déductive (par les relances portant sur le modèle de Bordin). Les résultats permettront de documenter le processus de sortie d'intervention et de diminuer le taux d'attrition au SIPPE.