Économie du partage et bouleversement des relations entreprises–gouvernement–société civile : le cas du secteur du transport au Québec

 

Nolywé Delannon

Université Laval

 

Domaine : gestion des organisations

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Avec une valeur estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars US, l'économie de partage est au cœur de mutations économiques majeures et occupe une place grandissante dans le débat public. Grâce aux technologies de l'information, cette économie facilite le rapprochement de parties prenantes pour le partage de biens disponibles en excès. Présentée par ses plus ardents défenseurs comme une opportunité de réalisation de la transition écologique –en raison de la primauté qu'elle donne à l'accès aux biens plutôt qu'à leur propriété et de l'utilisation plus efficiente des ressources qu'induit la réutilisation et le partage des biens– l'économie de partage suscite cependant d'importantes controverses. En effet, elle transforme l'écosystème des entreprises en rebattant les cartes entre acteurs installés et nouveaux arrivants; conduit l'État à réaffirmer sa capacité d'intervention dans l'économie pour contraindre les entreprises à se responsabiliser; et ouvre la voie à de nouvelles formes de mobilisation des consommateurs qui adoptent des modes d'action propres à la société civile.

Le secteur du transport est particulièrement affecté par les transformations de l'économie de partage. Au point que le néologisme uberisation –construit à partir du nom de la multinationale Uber qui met en lien l'offre et la demande de transport urbain– soit utilisé pour décrire les mutations profondes que traversent les secteurs traditionnels de l'économie. En effet, l'arrivée de la multinationale Uber sur un territoire induit généralement une réorganisation en profondeur du secteur du transport. Au Québec, cela a donné lieu à un débat fortement polarisé entre acteurs du monde des affaires, du gouvernement et des partis d'opposition, ainsi que de la société civile. Déterminer qui sont les gagnants et les perdants de l'économie de partage, à court et à long termes, fait l'objet de profonds désaccords. En fait, il s'agit là d'une question empirique, alors que les approches face à ces transformations diffèrent d'un territoire à un autre. Du point de vue théorique, ce qui est notamment en jeu, c'est d'une part la définition du bien commun (i.e. les gains collectifs à viser), et d'autre part la division des rôles entre entreprises, gouvernement et société civile pour atteindre ce bien commun. Outillée pour aborder ces questions du fait de son ancrage à l'interface entre entreprises et reste de la société, la littérature en responsabilité sociale des entreprises (RSE) est néanmoins demeurée silencieuse sur le sujet. La présente recherche s'inscrit dans le champ de la RSE et entend contribuer à une meilleure compréhension de la participation des entreprises à la définition et à l'atteinte du bien commun, en interaction avec les gouvernements et la société civile.

Cette recherche repose sur une méthodologie qualitative et inductive. Sur la base d'une quarantaine d'entrevues semi-dirigées (répondants issus d'entreprises, du gouvernement et de la société civile) et de données publiques (articles de presse, débats en commission parlementaire, publications sur les réseaux sociaux), il s'agira d'établir le nouveau portrait de la contribution attendue des entreprises au bien commun. Avec la volonté d'informer les politiques publiques sur l'encadrement de l'économie de partage au bénéfice du plus grand nombre.