Cinéma topographique : quand les films font parler les lieux

 

Emanuel Licha

Université de Montréal

 

Domaine : création artistique et littéraire

Programme soutien à la recherche-création pour la relève professorale

Concours 2018-2019

La représentation des conflits et autres désordres géopolitiques constitue une dimension majeure des développements, des analyses, et des résolutions de ce type d'événements. Cela est d'autant plus vrai depuis le début des années 90 qui ont vu le développement d'une pratique de représentations des événements en temps quasi-réel. Encore plus récemment, avec le développement de l'Internet, de l'utilisation des téléphones connectés et des médias sociaux, la nouvelle écologie médiatique implique qu'il n'y a plus d'événements sans images : les gens, les événements, et la couverture médiatique sont plus que jamais inter-reliés et interdépendants. Dans ce contexte, il est essentiel de réfléchir aux modalités de production, de diffusion et de réception de ces représentations. Si de nombreuses recherches ont été effectuées sur la médiatisation des conflits, on en sait en revanche assez peu sur les modes de production et de diffusion de ces représentations, et notamment sur les lieux et les objets spatiaux impliqués dans ces processus. Étant directement impliqué dans la représentation du réel, le cinéma documentaire se doit de participer à ces questionnements. Or, il s'avère que beaucoup de films documentaires s'intéressent à des événements en particulier, sans véritablement interroger les modes de production du savoir qu'ils génèrent.

Ce projet de recherche-création en cinéma documentaire entend mettre à jour certaines dynamiques à l'œuvre dans les processus de perception des désordres géopolitiques à partir des lieux depuis lesquels des observations sont faites, des analyses produites et des décisions prises. Le projet consiste à réaliser des expérimentations cinématographiques sous la forme de court-métrages dans le but d'établir une nouvelle forme de pratique que je nomme cinéma topographique. Celle-ci consiste à faire avec les moyens du cinéma (scénarisation, filmage, montage) une description détaillée et sensible de lieux donnés. Les lieux choisis ont en commun d'avoir ou d'avoir eu un rôle actif dans un phénomène de désordre géopolitique et/ou dans les processus d'aide humanitaire qui en résultent. Cette description aura pour objectif de contribuer à l'analyse et à une meilleure compréhension de ce(s) rôle(s). Le cinéma topographique, grâce à l'héritage des pratiques en cinéma documentaire, permettra d'élaborer des outils et des moyens pour participer pleinement aux discussions et aux débats interdisciplinaires sur l'analyse de ces phénomènes.

À cet effet, le projet rassemblera une équipe d'étudiant.e.s des trois cycles issu.e.s des études cinématographiques, de l'architecture et de différentes disciplines des sciences humaines et sociales. Il associera aussi du personnel hautement qualifié en techniques cinématographiques. Les expérimentations visant à établir la pratique du cinéma topographique se feront selon trois études de cas dans trois lieux et pays différents. Chaque cas impliquera la production de matériel visuel en format court-métrage qui sera présenté aux niveaux local et international dans des festivals, expositions et conférences.

L'impact attendu de ce projet est de renforcer la légitimité des étudiant.e.s et des chercheurs-créateurs en cinéma documentaire dans les débats interdisciplinaires de nature géopolitique, et plus spécifiquement dans des contextes de violences de masse ou de catastrophes naturelles mettant en jeu des processus d'aide humanitaire.