Analyse de l'engagement cognitif situationnel mesuré en temps réel et des processus cognitifs d'ordre supérieur déployés en situation d'apprentissage actif

 

Anastassis Kozanitis

Université du Québec à Montréal [UQAM]

 

Domaine : éducation, savoirs et compétences

Programme à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

L'engagement est considéré comme un aspect inhérent du processus d'apprentissage (Boekarts, 2016). Les écrits sur l'engagement en contexte scolaire lui reconnaissent trois principales dimensions : comportementale, affective et cognitive (Fredericks et coll., 2004). Ces dimensions sont devenues un important sujet de recherche en éducation, à la fois pour leur portée sur le plan théorique, que pour leurs implications sur la pratique enseignante. On peut y constater que les deux premières dimensions ont fait l'objet d'une grande attention de la part de chercheurs américains et canadiens depuis presque deux décennies (Hutchins, 2015; Kozanitis et Desbiens, 2015; Kuh, 2003). Par contre, l'engagement cognitif demeure nettement moins exploré, notamment en contexte universitaire, et on ne fait que commencer à comprendre son importance pour le plein développement du potentiel d'apprentissage humain (Coates et coll., 2008).

De plus, l'engagement cognitif a surtout été mesuré en tant qu'entité stable (Fredricks et McKolskey, 2012), en dépit d'un large consensus reconnaissant sa nature malléable, c'est-à-dire qu'il peut varier selon les situations d'apprentissage et les matières scolaires (Frederick et al., 2016; Shernoff et al., 2016; Wang et Degol, 2013). Ainsi, les recherches sur l'engagement se sont principalement penchées sur les différences entre les individus, sans considération des fluctuations intra-individuelles quotidiennes qui surviennent selon les situations d'apprentissage (Petrou, Demerouti, Peeters, Schaufeli et Hetland, 2012). De plus, la majorité des études ont utilisé des mesures indirectes, soit des données autorapportées par les étudiants, soit des observations des chercheurs (Leduc et Kozanitis, soumis). Actuellement, aucune recherche n'a encore publié des résultats portant sur l'engagement cognitif situationnel des étudiants réalisant des tâches d'apprentissage complexes, en recourant à des mesures directes in situ et en temps réel (Salmela-Aro, Moeller, Schneider et Spicer, 2016). Ce projet de recherche vise deux principaux objectifs. Le premier est de valider un protocole pour mesurer l'engagement cognitif situationnel en utilisant le niveau d'activité électrodermale, une mesure de la conductance globale de la peau sur un intervalle de temps (Figner et Murphy, 2011). Cette méthode, qui demeure peu exploitée en recherche dans le domaine des sciences de l'éducation, est considérée comme une avenue prometteuse pour mitiger les difficultés liées aux mesures autorapportées et aux observations (Boekarts, 2016). Le deuxième objectif est de décrire et analyser les processus cognitifs supérieurs mobilisés par les étudiants en regard de tâches d'apprentissage complexes.

Les retombées de ce projet pour la discipline sont, d'une part, le développement d'une mesure physiologique valide, peu onéreuse et peu invasive, qui permet d'inférer en temps réel le niveau d'engagement cognitif des étudiants. D'autre part, ce projet aidera à démêler sur le plan conceptuel les différents construits relatifs à l'engagement cognitif, contribuant ainsi à une analyse plus précise de leurs impacts sur le processus d'apprentissage. Sur le plan sociétal, les données de cette recherche pourront guider les enseignants dans leur conception de situations d'apprentissage qui suscitent un haut degré d'engagement cognitif. Ces dernières permettent entre autres aux étudiants de mieux développer des habiletés cognitives d'ordre supérieur ainsi que les compétences professionnelles visées par leur programme d'études.