« Tombeaux » de la littérature québécoise contemporaine dans l'essai et la critique littéraires (1980-2010)

 

Martine-Emmanuelle Lapointe

Université de Montréal

 

Domaine : arts et littérature

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2011-2012

Fort longue, l'histoire du tombeau québécois connaît différents épisodes, qu'il s'agisse de l'autocritique suicidaire (Crémazie se disant « mort à l'existence littéraire ») de la mise à mort préfacière (Dantin évoquant la mort symbolique de son ami Nelligan), de l'accusation de meurtre (« je ne peux parler de Saint-Denys Garneau sans colère. Car on l'a tué », dixit Jean Le Moyne) ou de l'assassinat de masse (Parti pris trucidant la « littérature canadienne d'expression française »). Sous ces violences rhétoriques se cachent des cibles ambiguës qui s'attachent presque toutes au mythe d'une tristesse native, canadienne-française ou québécoise. Mais qu'en est-il dans la littérature québécoise contemporaine? La déshérence et le désenchantement sont-ils indissociables de la tradition littéraire locale ou font-ils plutôt partie de la culture contemporaine, marquée par le syndrome de l'après? Plus de vingt ans après la parution de L'écologie du réel de Pierre Nepveu, la littérature québécoise est-elle toujours animée par « [le] paradoxe d'une auto-mutilation qui se voudrait [...] une façon de renaître »?

Dans le cadre de cette recherche, j'entends répondre à ces questions en examinant un vaste corpus d'essais québécois parus depuis 1980. Ce projet permettra, d'une part, de relativiser certains lieux communs sur la crise de la transmission à l'époque contemporaine; d'autre part, il visera à réfléchir à la place qu'occupe la borne temporelle de 1980 dans le discours des critiques littéraires.